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Jamais sans toi

Posté par Vivien Icône, dimanche 16 mai 2010 - 02:15

En ce moment dans vos salles ou plutôt dans votre salle...

Jamais sans toi de Aluisio Abranches (Brésil, 2010, 1h34) avec Joao Gabriel Vasconcellos et Rafael Cardoso.

Francisco et Thomas sont deux demi-frères, partageant la même mère mais de père différent. Elevés ensemble dans une chic banlieue de Rio, les deux garçons sont inséparables et nourrissent l’un pour l’autre une affection qui peut laisser perplexe. Ce n’est que 15 ans plus tard, alors qu’ils sont devenus deux solides gaillards adultes et que leur mère vient de décéder, que les deux garçons découvrent la vraie nature du sentiment qui les anime…



La précision "votre salle" n'est pas qu'une tentative de rapprochement entre toi, lecteur, et moi, chroniqueur. C'est uniquement (et oui, désolé) parce que ce film brésilien n'est diffusé que dans une seule salle dans toute la France, à savoir le Publicis des Champs Elysées (Station Etoile). Mais ne tergiversons pas, revenons en au produit en question!

Avec pareil sujet il y avait de quoi faire un grand film subtile et déchiré, une renversante réflexion sur la famille, sur « le libre arbitre » comme aime à le rappeler le personnage de Thomas dès le début du film, sur l’acceptation de soi et des autres, sur l’inceste bien évidement, puisque c'est tout de même le thème central… Bref, des sujets forts, qui n’ont pas toujours bon écho et qui n’ont pas souvent, par le passé, eu le traitement qu’ils méritent.
Malheureusement il faudra une fois de plus attendre pour avoir un film pertinent sur ce genre de grandes réflexions tortueuses et ambiguës. Abranches, au lieu de choisir la difficulté en se penchant sur les interrogations adolescentes et sur le vrai rôle que devrait jouer la famille, a préféré faire un mélo dégoulinant, pétri d’une sorte de condescendance bien plus malsaine que son sujet.
A grand renfort de musique grandiloquente omniprésente et boursouflée, d'un surjeu complet à chaque séquence de douleur, de contritions permanentes dignes des pires séquences de Twilight et de chichis fangeux sur la jalousie, Abranches s’attèle à faire un monde avec tout ce qu’il y a de plus insignifiant et caricatural dans le récit de cette histoire d'amour atypique. Si la première demi heure passe tout de même bien, impossible de ne pas décrocher complètement du film à partir d’une scène pivot, d’un guignol incroyable, d'une éloquente stupidité : les deux mecs, leur mère morte, le père parti vivre ailleurs, restent plantés dans le salon, se lancent un regard incroyablement torturé et langoureux et se foutent soudainement à poil, retirant un à un leur vêtement dans une surenchère de sensualité virile bêtasse, pourrie par la dramaturgie fadasse de cette musique étouffante... Rien que ça...
Mais ce n'est hélas, pas la pire idée du film. En effet, l'histoire qu'Abranches brode comme on écrit un épisode de Plus Belle La Vie en mode Copa Cabana "bling-bling" perd bien plus encore à cause de cette gigantesque ellipse de 15 ans qui scinde le film en deux. On retrouve donc nos deux garçons passés de l’âge de 5 et 11 ans à 20 et 26 ans en un coup de sciseaux, faisant donc l’impasse sur cette période pourtant si riche en questions et en découvertes qu’est l’adolescence : à croire que les gamins n’ont finalement jamais été à l’école par la suite, qu’ils n’ont jamais eu d’amis, jamais été confrontés à l’Autre sartrien, jamais été contraints aussi par leurs parents à abandonner cette étrange relation d'amour fusionnel.
C'est ce qui déroute certainement le plus dans tout ce marasme petit bourgeois: d'une part, il faut croire que ces jeunes éphèbes n'ont pas eu vent de la chose sexuelle avant d'atteindre l'âge adulte et qu'ils n'ont jamais eu l'idée avant la mort de leur mère, de se tripoter ou d'essayer des jeux défendus... Bon, imaginons... D'autre part, c'est l'incroyable complicité de la famille et notamment de la mère qui pose question. Loin de moi l'idée d'émettre un jugement moral sur la nature de cet amour, mais quand on a un tout petit souci du réalisme, on a tout de même du mal à croire, du moins c'est mon cas, qu'une mère ou qu'une famille en générale, laisse pareille chose se produire, sans jamais rien tenter, sans jamais rien interdire...
Raté d'un bout à l'autre, ce mauvais mélodrame passera à l'évidence inaperçu dans notre chez pays, bien aidé par son faible réseau de distribution mais aussi par son horrible traitement sirupeux, digne d'une mauvaise tele novela.

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